« L’Autre enquête » de Jørn Lier Horst : le crime n’est pas un jeu

William Wisting est de retour. Seul. Cette fois, son créateur a repris ses petites habitudes et a imaginé un nouvel opus avec son personnage fétiche sans autre collaboration. C’est aussi bien. Il n’a clairement pas besoin d’aide.

Lire du Jørn Lier Horst, c’est un peu comme rentrer le soir à la maison, enlever ses chaussures et mettre ses charentaises. Une habitude. L’univers de Wisting est devenu le nôtre au fil des années. On aime bien la relation qu’il a nouée avec sa fille Line. Plus apaisée, faîte de petites attentions. Comme de dégager la neige devant leur maison respective. L’un et l’autre s’y attellent sans même réfléchir. « La première chute de neige avait laissé cinquante centimètres de neige en une nuit… Wisting enfonça sa pelle dans la congère qui bloquait l’accès à la maison de Line ».

Une femme alerte qu’une autre femme a disparu. La première s’appelle Michelle Norris, la seconde Astria. Michelle est australienne, Astrid est norvégienne. Que peuvent-elles avoir en commun? Une passion pour les enquêtes criminelles. Le genre de hobby qui agace les vrais policiers. D’ailleurs, lorsque le message de cette Norris atterrit sur le serveur de la police de Stavern, il est conseillé d’être traité au niveau local. Wisting qui est aussi consciencieux que poli lui envoie une réponse rapide et de circonstance, pour les disparitions d’adultes.

Il est à peine chez lui, prêt à manger une vieille part de pizza de la veille, que Michelle Norris lui a déjà répondu. Les deux femmes appartiennent à une communauté en ligne qui enquête sur le meurtre d’une certaine Ruby Thompson qui a eu lieu à Sant Joan de Palamós, en Espagne, le 16 avril de l’année précédente. Ruby était son amie. Astria était un pseudo. Mais les internautes avaient quand même réussi à trouver où pouvait habiter cette Astria. Wisting est surpris. Et tandis qu’il déblaie l’accès à la maison de sa fille, son esprit est déjà occupé par cette histoire. Astria était un peu plus jeune que sa fille. Combien de femmes de 32 ans y a-t-il dans la commune proche des 50 000 habitants. Wisting s’agace, se sentant comme un détective amateur. Mais la découverte d’une camionnette immatriculée en Espagne et le corps d’une femme enseveli sous la neige, non loin de là, donne une dimension plus sérieuse à cette histoire. Une bonne raison pour se rendre en terres ibériques afin de comprendre ce qui s’est passé.

Dans les romans de l’auteur norvégien, Wisting n’est souvent pas le seul à enquêter. Sa fille journaliste devenue documentariste, a beaucoup œuvré. Cette fois, il doit aussi composer avec ce groupe de détectives amateurs dont certains membres, comme Michelle, n’hésitent pas à prendre des risques. Quitte à compliquer le travail des véritables enquêteurs. À travers cette nouvelle énigme, le romancier soulève le problème de ces internautes friands de True Crime qui multiplient les pistes en maîtrisant la toile, et parfois damnent le pion aux vrais policiers. On devine les inquiétudes de Wisting face au temps qui passe, face à ce nouveau monde où les cybercitoyens se substituent à lui et les siens. « Cela faisait quarante ans qu’il était enquêteur. Il savait qu’un simple renseignement permettait rarement de tout voir et de mener à la résolution d’une affaire. Mais il ne prenait jamais rien à la légère ». Un affrontement subtil entre méthodes institutionnelles, celles de la police, et les autres, plus aventureuses, celles de passionnés de faits de société. Pour ce policier chevronné, la vérité n’est pas un jeu. La mort violente appartient aux professionnels du crime. L’Autre enquête se lie avec un plaisir non dissimulé. Parfois les habitudes on du bon.

L’Autre enquête de Jørn Lier Horst, traduit du Norvégien par Céline Roman-Monnier, Éditions Gallimard Série Noire, 446 pages, 20 euros.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.