« Le Champ des méduses » de Oto Oltvanji : chronique serbe d’après-guerre

Agullo avait son auteur croate. Désormais, il faut compter avec un romancier serbe. Avec Le Champ des méduses, Oto Oltvanji signe un roman noir bien balkanique. Corruption des élites, politiciens douteux, mauvaise digestion d’un conflit à peine nommé. Les Éditions Agullo poursuivent leur entreprise de déminage et défrichent pour nous les pépites de la région. Le Champ des méduses en fait partie.

On l’appelle Le Sceptique. Surnom donné à ce journaliste audacieux, chasseur de scoops, et pourfendeur de vérité. De la vraie, celle qui dérange, celle pour laquelle parfois, on peut mourir. Il a eu son heure de gloire en travaillant pour le patron de presse, Gordon Manic. Personnage charismatique et bruyant, toujours à la limite de la légalité, le gars incarne une élite balkanique no limit. Lorsque le Sceptique a épousé sa fille, il lui a ouvert les pages de son journal, Koloseum. Depuis de l’eau a coulé sous les ponts, Le Sceptique a divorcé, fait désormais cavalier seul et est en passe d’aider son copain de l’armée qui est persuadé que sa femme l’a quitté pour un autre.

Aleš Brodnik, le dernier slovène du temps de leur enrôlement dans l’ex-armée populaire yougoslave (JNA), est sans nouvelles depuis dix ans de Marijana, disparue du jour au lendemain, le laissant seul avec leur fille. L’affaire est d’emblée bizarre, entourée de zones d’ombres et puise ses racines comme souvent dans cette partie de l’Europe, dans le passé. Marijana serait donc partie pour ce rocker, Stegič Stegar, star has-been qui tente aujourd’hui un come-back. Le gars a perdu de sa superbe. Le Sceptique découvre rapidement que le rocker n’a pas été mieux loti, que Marijana n’est jamais venue à leur rendez-vous. Une valise pas encore déballée, un passeport rouge et une lettre seront les premiers éléments de cette enquête à tiroirs multiples. Pour une fille qui aurait fichu le camp avec son amant, laisser papiers et affaires ne disent rien qui vaille au journaliste. En creusant, il découvre que la propre mère de Marijana avait elle aussi disparu, sans laisser de trace. L’histoire se répète. À lui de comprendre pourquoi.

Le Champ des méduses creuse la mémoire du pays. Atmosphère glauque, typique de la production littéraire noire de cette partie de l’Europe. Le héros est seul face à un système corrompu par une élite politique qui a su retomber sur ses pattes après la guerre tout en gardant les méthodes et surtout l’impunité d’autrefois. Le nationalisme se mêle à la criminalité et au sexe dévoyé les méchants d’hier restent ceux d’aujourd’hui. Le Sceptique flotte comme détaché de lui-même, perdu dans sa propre vie, mariage raté mais vraie histoire d’amour, il trouve dans cette enquête une sorte de quête personnelle existentielle. On ressort un peu déprimé de cette lecture réaliste mais ravi d’avoir découvert un nouvel auteur primé au Belgrade Thriller Festival en 2025. Affaire à suivre.

Le Champ des méduses de Oto Oltvanji, traduit du serbe par Slavica Pantic Lew, Éditions Agullo noir, 384 pages, 22.90 euros.

 

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