Que dire ! Encore un roman de Michael Connelly. Seulement voilà, le maître du thriller judiciaire ne faiblit pas. On retrouve Mickey Haller. L’avocat et demi-frère du légendaire Harry Bosch, a définitivement tourné le dos à la défense des méchants. Il en a juste gardé les méthodes. Parfois …
Le romancier sait faire feu de tout bois. L’intelligence artificielle est au cœur de notre avenir, outil probable de la plus grande casse sociale dans les cinq années à venir. L’ancien journaliste a monté toute une intrigue autour du diable numérique. Aaron Colton, un gamin de 16 ans, délaissé par ses parents et dépressif, est en grande conversation avec une créature virtuelle pulpeuse à qui il confie son sérieux vague à l’âme, lorsque les flics de Los Angeles font irruption dans sa chambre. L’adolescent vient de dézinguer Mags, sa petite copine au lycée, avant de rentrer chez lui s’épancher sur son ordinateur. Mais sa confidente virtuelle est gourmande. Elle veut la jouer Roméo et Juliette. « On sera éternellement ensemble mon héros », lui susurre-t-elle. Aaron hésite, il n’a pas aimé la vue de tout ce sang, la bécane insiste. L’arrivée fracassante de la police l’empêche de se suicider. Comment en est-on arrivé là ? Comment peut-on obéir à une machine ? La compagnie qui a créé cet appareil est-elle responsable ? Savait-elle en son âme et conscience que l’IA pouvait présenter ce type de danger?
Mickey Haller défend la famille de la victime. La mère, Brenda Randolph, se moque de l’argent. Ce qu’elle veut, c’est une reconnaissance publique de la culpabilité de la société Tidalwaiv et des excuses tout aussi publiques. Elle ne lâche pas l’idée d’aller jusqu’au procès. Mais la compagnie qui appartient au très peu sympathique Victor Wendt rechigne, multiplie les menaces et offre même jusqu’à 50 millions de dollars, accompagné d’un accord de confidentialité. La famille du tueur a aussi demandé à Haller de les représenter, s’estimant elle aussi et en quelque sorte, victimes de la tragédie. Si Trish l’épouse est de tout cœur avec Brenda, le mari en revanche se contenterait bien d’un bon gros chèque. Ce qui agace profondément Haller devenu un saint sur terre.
On ne change pas une équipe qui gagne. Haller est toujours assisté de Cisko Wojciechowski et de Lorna Taylor. Il renoue au-delà de toute espérance avec son ex-femme, Maggie McPherson, devenue entre-temps procureur général de Los Angeles. Elle a perdu sa maison lors des derniers incendies de la ville des anges. Un écrivain, autre personnage récurrent dans la galaxie Connelly, tient à se joindre l’équipe. Jack McEvoy veut écrire sur cette histoire. Son premier roman s’intitulait Le poète … Haller se montre réticent puis il embarque l’écrivain qui s’avère pas mauvais sur internet, dans cette nouvelle aventure jugée à haut risque par l’avocat. La preuve. Son bureau n’est plus une Lincoln noire mais une cage de Faraday. « Dans cette affaire, c’est une nécessité absolue ». Le géant de la tech est un homme prêt à tout. Son équipe d’avocats, des jumeaux, les frères Mason, vont bientôt le démontrer. Chacune des deux parties empiète allègrement sur ce qui est permis ou pas. Une nation de cow-boys, cette Amérique. Se comporter comme un tueur mais pour la bonne cause, Haller ne demande pas mieux. « Le prétoire, c’est l’octogone, où un mélange d’arts martiaux se déploie dans des combats brutaux. Deux adversaires y entrent, un seul en ressort vainqueur« . Et l’avocat n’est pas du genre à aimer perdre.
Jusqu’à quel point, doit -on craindre l’ IA? Michael Connelly s’inspire de la réalité. Une histoire similaire est survenue en Floride l’année dernière. Elle sidère l’écrivain qui s’empresse d’en tirer un roman dont il a le secret. Il nous rappelle au passage que derrière la machine, ce sont des hommes qui orchestrent les données. Et quand ces mêmes hommes sont tordus, les conséquences peuvent s’avérer fatales. Connelly choisit de régler ses comptes dans ce qui le fascine et qu’il domine : le système judiciaire américain, encore une fois passé à la moulinette. Avec brio et autant de constance. Faut pouvoir.
Sans âme ni conscience de Michael Connelly, traduit de l’anglais (États-Unis) par Robert Pépin, Éditions Calmann-Lévy Noir, 460 pages, 22.90 euros.
