La « Guerrière » d’Helene Bukowski

La guerre du point de vue d’une femme. Helene Bukowski, de nationalité allemande, s’est attelée à la tâche. Deux héroïnes, l’une a fui l’armée avant même d’être envoyée sur le terrain, l’autre a tenu. Jusqu’au moment où. Deux guerrières à fleur de peau. Hypnotique.

La guerre arrive de façon épistolaire chez la romancière. La guerrière raconte. Elle s’adresse à Lisbeth, une sœur d’armes en cavale. À travers ses lettres, on remonte le fil du temps, on détricote la mécanique de leur amitié. On entrevoit la guerre qui fut la leur, à elles deux, à un moment. Il n’y a pas de jargon mili, pas de M16 ou de Kalachnikov, pas de fuck ou de son of a bitch, de hadji, on évolue dans une perception féminine, un ailleurs, dans l’infini des sentiments, des sensations. On tâtonne. On perçoit. Rien n’est jamais acquis, définitif. Sûr et sans danger.

Au début, il n’est question que d’une boutique de fleurs, au bord de la Spree. Lisbeth est encore mariée à Malik, ils ont un enfant, un garçon, Eden. Elle le regarde. Il lui semble fait de papier mâché. Elle sort. Elle ne reviendra pas. L’enfant pleure. Elle loue un bungalow au bord de la Baltique. Elle a une nouvelle fois déserté. Dans ce trio familial, elle est la femme qui part, la maman qui abandonne.

Lisbeth souffre de neurodermatite depuis qu’elle est enfant. Le sien, elle le tenait à distance, dans sa poussette. Un jour, elle découvre la mer. La Baltique. Sa peau guérit. Encore un saut dans le temps. Lisbeth travaille sur un bateau de croisière. Elle n’est pas rentrée chez elle. Elle a poursuivi dans le commerce des fleurs mais cette fois en embarquant sur un bateau de croisière. Elle est en mouvement, toujours sur les flots. Elle réserve le bungalow pour quinze jours de vacances. Elle y attendra la guerrière. 

La guerrière est restée. Elle n’a pas quitté l’armée. Pas encore. Elle lui parle de leur amitié, de ces petites pierres qu’elle trimballe toujours dans ses poches même en Afghanistan avec son barda qui fait pourtant déjà trente kilos. Elle a commencé à prendre des cachets pour dormir. Elle signe toujours par cette petite phrase : « J’espère que tu tiens bon. » Les deux femmes sont en PTSD. L’une l’a compris avant l’autre. L’une a donné la vie, l’autre l’a reprise. La guerre n’épargne personne. On a beau fuir, elle se glisse sous la peau, elle devient une vie à part entière. Helene Bukowski nous parle de deux trajectoires, deux amitiés qui se repoussent et se rapprochent. Le goût métallique est leur trait-d’union. À la vie, à la mort.

« La Guerrière » de Helene Bukowski, traduit de l’Allemand par Elisabeth L. Guillerm. Éditions Gallmeister, 304 pages, 22,90 Euros.

 

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