Un bébé jeté à la poubelle. Une mère qui se vide de son sang, couchée sur un matelas imbibé. Une autre qui ferme à clé le lieu de toutes ces souffrances. Ne comptez pas sur Mathilde Beaussault pour nous épargner. La nature est brutale, la nature ne fait pas de cadeau. La vraie vie, encore moins. Après la sortie fracassante des Saules l’année dernière, la romancière revient avec La Colline, un deuxième roman au nœud coulant où la lumière se dispute la noirceur. Une ode aux femmes qu’elles soient malheureuses, maltraitées, maltraitantes, toutes coincées dans une spirale de violence sans fond. Mais qu’un nourrisson conduira, peut-être, vers la rédemption.
Rennes. Cité des Quatre Tours. Misère sociale. Un bruit sourd, puis un autre plus aigu. Celui d’un chaton? Non, celui d’un nouveau né dans une benne à ordures. Une première pour Étienne et Romane, tous deux pompiers dans le secteur. Un premier procès verbal indique que le capitaine Jakaj et le lieutenant Clarisse Hénin de la brigade criminelle de la ville estudiantine ont pris l’affaire en main. Le duo fait aussi état de la présence d’un « second sac poubelle comportant des détritus ménagers« . Entre la prose étouffante de la romancière et la sécheresse des écrits de la police, le ton est donné. Il n’y aura pas de place à la niaiserie dans cette tragédie urbaine sociale, pas de fantasme politico-estudiantin sur un avenir plus soyeux. La fille d’agriculteurs devenue enseignante nous conte une fable moderne qui se déroule chez les laissés-pour-compte d’une société qui marginalise les plus faibles. Une alliance toumentée de la beauté et de la douleur.
Tandis que les policiers tentent de comprendre ce qui s’est passé, Mathilde Beaussault nous prend par la main, intraitable et cruelle. La mère, monstrueuse, rance, pétrie de colère, dépourvue d’amour pour sa fille. Elle lui préfère (et encore), le fils, Édouard, un teigneux, un incapable, selon le voisinage. Dans cet océan de malheur et de cruauté, une grand-mère, Madeleine, une guérisseuse, accueille sa petite fille le temps de la grossesse. Dix-sept ans, c’est bien trop jeune, non, pour avoir un enfant. Mais tel est le sort de toutes ces femmes de La Colline. Dans leur monde, il n’y a pas de béatitude, pas de Baby Shower, il n’y a que du postpartum en flux tendu.
Le récit est raconté par les protagonistes dans une langue aussi lourde et savonneuse qu’une terre imbibée de pluie. « La mère avait vomi une grimace… Elle, elle reste muette, docile, brave bête, de son corps sort un mûrissement, ses entrailles éruptent…Une nouvelle coulée de lave enflamme ses reins« … Il nous faut respirer. On y parviendra grâce aux procès-verbaux désincarnés de Jakaj et Hénin. Il sera question d’une enquête, de coupables et de victimes et de sauvetage. Celui d’un nourrisson autant sauvé par la loi que par l’amour de sa mère. Monroe Brunet, maman, écrasée par un déterminisme social, mais transcendée par une maternité bousculée et qui finira par offrir une jonquille à son fils. Un fils bien vivant « avec dans les yeux un bonheur radieux« .
La Colline de Mathilde Beaussault, Éditions Seuil/Cadre Noir, 336 pages, 19,90 euros.
