« Nos chers alliés » de Gilbert Gallerne : À qui se fier ?

Créé en 2023 par l’Amicale des anciens des services spéciaux, le Prix du roman d’espionnage continue son petit bonhomme de chemin. En 2025, il a récompensé Gilbert Gallerne pour son ouvrage Nos chers alliés qui lève le voile sur les magouilles au sein même de l’État avec des puissances étrangères. Édifiant.

Éliminer le messager. En l’occurrence, Rafael Arno, journaliste bien trop curieux selon certains. C’est fait. Dès le premier chapitre. Le pauvre garçon fait une chute brutale du quatrième étage. L’enquête conclue à un suicide. Il y a foule à l’enterrement. Philippe Arno, le père du défunt est un avocat de renom. Il est accompagné de Martial Blanchard, parrain de Rafael et cadre de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) en délicatesse avec sa hiérarchie. La soixantaine affûtée, Blanchard remarque tout de suite l’homme au chapeau et son comportement bizarre et qui est parti sans même saluer la famille, à la fin des obsèques. Philippe Arno ne croit pas à la thèse du suicide. Il demande à Blanchard d’enquêter.

L’ennemi n’est pas un enfant de cœur dans cette histoire. La preuve, l’élimination du journaliste. L’ennemi s’appelle CarrySoft, société sans scrupules qui se targue de faire affaire jusqu’au sommet de l’État français. David Straub, véritable barbouze, s’occupe de la sécurité avec son entreprise Wardoff Security Inc. L’auteur ne tourne pas autour du pot. Les États, même les plus démocratiques, utilisent des méthodes de voyous lorsqu’il le faut. Et la réussite du projet Icare, nom de code, qui vient se greffer à un autre projet, le SCAF (Système  de combat aérien du futur) cette fois officiel, entre la France, l’Allemagne, l’Espagne et la Belgique, a entraîné ce genre de décision radicale. Ces grandes nations européennes planchent sur la création d’un avion de chasse intelligent. Un élément vital dans le contexte international actuel extrêmement tendu. La France est à la manœuvre avec CarrySoft désormais en charge du développement de ce cloud du combat. Rafael Arno était sur le point de publier que l’initiative était noyautée par des sociétés américaines avec la complicité de responsables politiques français. Inacceptable.

Arno est devenu le cailloux dans la chaussure de ces messieurs. D’autant que ce flic, Blanchard, s’est mis en tête de découvrir ce que cache la mort du journaliste. Barbouzes contre agent des services. Les premiers sont hors la loi, le second est obligé d’agir hors cadre légal. Mais le gars a de la ressource, quelques amis et surtout une sainte horreur de la trahison. Et travailler pour une puissance étrangère, même américaine, en est une. Le rythme du roman est soutenu, la vulgarisation bien dosée. On apprécie d’autant plus qu’en ce moment, le locataire de la Maison Blanche tourne le dos à l’Europe, nous laissant seuls face à notre destin. Quelle drôle d’alliée cette Amérique, se dit-on, à la lecture de ce thriller d’espionnage, quelque peu dépassé par la réalité. Avec l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro, le président de la plus grande puissance mondiale, Donald Trump, mettrait presque au chômage les hommes de l’ombre qui jusqu’ici faisait le sale boulot des États hors projecteurs. Désormais, même l’espionnage est un reality show en continu.

Nos chers alliés de Gilbert Gallerne, Éditions Konfident, 364 pages, 22.50 euros.

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