« L’autre côté de la nuit » de Stéphane Chaumet : sur la trace des rats

La France et la Bolivie. Trois personnages. Laure, Gabriel et Hans. Sans le savoir, ils ont tous un point commun: le nazisme. L’Amérique du Sud fut une terre d’asile pour les dignitaires en fuite du IIIe Reich. Un véritable terreau littéraire. Stéphane Chaumet s’est inspiré de faits réels où héros et ordures se croisent de l’autre côté de la nuit dans un moment de bascule historique qui va faire sombrer ce pays d’Amérique latine dans la dictature.

La filière des rats. Voilà comment on appelait cette évasion à l’autre bout du monde, après 1945 et la fin du régime hitlérien. De célèbres noms de la galaxie des tortionnaires nazis ont figuré parmi les fuyards. Josef Mengele ou encore Adolf Eichmann. Le couple allemand, le pasteur Werner Grüber et sa femme, Eva, sauvagement assassiné en début de roman, n’est pas non plus un inconnu dans ce cercle nauséeux d’initiés. Le romancier a pas mal bourlingué dans cette région du monde. Il s’intéresse à ce sujet pour des raisons personnelles. La mort de son grand-père est entourée d’un mystère vénéneux. En creusant, il découvre l’existence de Clara Knecht interprète pour les occupants, surnommée la Gestapache et qui a échappé à la tonte de l’après-guerre en se volatilisant. Et comme les méchants font souvent de formidables personnages…

Le défunt s’appelle en réalité Werner Hauptmann et un homme l’a bien connu. C’est Hans Laux, le flic envoyé par Berlin pour enquêter sur la mort de ces ressortissants allemands. On n’oublie jamais ceux qui vous ont mis le pied à l’étrier et qui a fait de vous l’homme ou la femme que vous êtes. La croix gammée tracée sur le ventre du pasteur prouve que l’assassin connaissait son passé. Contre toute attente, Hans va faire équipe avec un journaliste de La Prensa Libre, Gabriel Avendaño dont le père biologique fut un Allemand pas forcément nazi acharné mais antisémite furieux sans nul doute, et œuvrant à tisser des liens entre le IIIe Reich et la Bolivie. Le journaleux flaire la bonne histoire.

Cela fait pas mal de temps qu’il travaille sur la présence de ces criminels sur le sol bolivien. Le cocktail est explosif : église, orphelinat, généraux, disparitions. Gabriel a peu d’espoir de voir son enquête sortir dans la presse locale ou nationale mais il ne désespère pas de la vendre à l’étranger. En France, une jeune femme est sur le point d’entreprendre le voyage jusqu’à La Paz. Depuis des années, Laure recherche inlassablement une certaine Klara Knecht. Elle a un vieux compte à régler avec cette dame qui, dans une autre vie, en France et dans les années 40, a collaboré avec l’ennemi avec enthousiasme. Au point de s’attaquer aux résistants français et d’en envoyer un certain nombre dans les camps d’extermination allemands. La mère de Laura en fait partie.

Quête et enquête. Tous ont des secrets. Tous sont hantés par la Seconde Guerre mondiale. Stéphane Chaumet utilise les codes du polar mais nous raconte aussi une période troublée de la Bolivie où le nouveau régime a marché main dans la main avec les pires crapules de l’Allemagne hitlérienne. L’atmosphère plombante de ces années-là est parfaitement retranscrite. Entre corruption et petits arrangements avec la vérité, L’autre côté de la nuit est un roman en clair-obscur où les destins personnels ne pèsent pas lourd dans la grande roue de l’Histoire. Ce sont les angles morts de ceux que l’on oublie et que la littérature ressuscite, impitoyable et souveraine.

L’autre côté de la nuit, de Stéphane Chaumet, Éditions Rouergue noir, 272 pages, 21,50 euros.

 

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