On le connaît depuis L’Hypnotiseur. L’inspecteur Joona Linna. C’était en 2010. Depuis, il revient régulièrement hanter nos nuits. Et ce n’est pas fini. Le couple Lars Kepler, non content de rendre addicts tous ceux qui suivent ce super personnage depuis ses début, revient avec de nouvelles aventures qui peuvent se lire indépendamment des précédentes. Actes Noirs qui fêtent ses vingt ans et nos 7305 insomnies n’en a pas fini avec Joona. Nous non plus.
Le couple suédois adore ce qui se déroule la nuit. Avec cet adolescent qui souffre de crises de somnambulisme carabinées, il se régale. Et nous aussi. La scène de crime du camping où des corps démembrés nagent dans le sang, a de quoi faire son petit effet. Le tueur est bien dans le top five des individus les plus sanguinaires sortis tout droit de l’imagination des deux romanciers. Joona est appelé en renfort. Sur place, il trouve une hache et un jeune homme qui cligne des yeux et demande: « Qu’est-ce qui se passe? ».
Se retrouver avachi et hagard sur une jambe détachée de son corps n’est pas facile à justifier. L’explication de Hugo Sand, dix-sept ans, est d’ailleurs assez légère : il ne se souvient de rien. Il souffre de somnambulisme. Cela lui vaut un aller simple en garde à vue. Parce que massacrer quelqu’un avec une hache en dormant, ne représente pas le meilleur des alibis pour les policiers. Un peu grosse, la ficelle.
Hugo Sand est le fils de l’écrivain à succès, Bernard Sand. Après le départ de sa femme, lorsque Hugo avait sept ans, Bernard vit avec Agneta Nkomo, trente-sept ans, journaliste et de facto belle-mère à plein temps. Les rapports avec Hugo sont houleux. L’adolescent rêve de retrouver sa génitrice. Justement des rêves, il en fait beaucoup. Celui de l’homme-squelette en particulier. Bernard qui se présente comme un bon père, ouvert aux méthodes modernes, soutient son fils lorsqu’il se rend régulièrement à la clinique du sommeil du docteur Grind. Un deuxième meurtre à la hache va faire sortir Hugo de prison. Parce qu’il est somnambule pas passe-muraille. Mais Joona est convaincu que les deux affaires sont liées. Et que Hugo n’est peut-être plus coupable mais demeure néanmoins un témoin. Il était là, il a sûrement vu quelque chose. Linna fait appel à son ami hypnotiseur, Erik Maria Bark, pour tenter de faire émerger des souvenirs chez le jeune homme.
Alexandra Coelho Ahmdoril et Alexander Ahmdoril, de leur vrai nom, ont du savoir-faire. Le somnambule est un page turner diablement efficace. Peu avare d’hémoglobine, de retournements de situation, de relations familiales ou amoureuses toxiques, ou encore de sexe torride, l’ouvrage est un avant-goût des frissons de l’été sous un soleil cuisant.
Le Somnambule de Lars Kepler, traduit du suédois par Marianne Ségol, Éditions Actes Sud/Actes Noirs, 512 pages, 24.50 euros.
