« Et Athènes brûlait » de Nikos Nikolopoulos : l’écologie sacrifiée sur l’autel de l’argent

Depuis quelques années, les Grecs et le reste du monde regardent, effarés, les incendies ravager les terres et les forêts du pays de Socrate. Les feux incontrôlables s’aventurent de plus en plus souvent jusqu’aux portes de la capitale. Nikos Nikolopoulos, écrivain suisse d’origine hellénique, en a tiré un thriller politico-écologique sacrément réaliste et flippant.

Dix chapitres, dix jours, un compte à rebours implacable du 9 au 19 septembre 2024. Athènes est en feu et un attentat se prépare. Les services de l’unité spéciale antiterroriste, la redoutable EKAM, sont sur les dents. Avant, du temps du régime dictatorial des colonels, ils ciblaient les opposants politiques parce que la Grèce nageait dans le progrès. « Onassis frétait des pétroliers, les armait, les Américains se sentaient chez eux, Olympic Airways étincelait dans l’azur, les atterrissages frôlaient la mer sur le rivage d’Helliniko après un survol de l’Acropole« . Aujourd’hui, le progrès a gagné et les services traquent les écologistes, « radicaux » ou encore les « écoterroristes » dans « un immeuble ingérable sur le plan énergétique ». Une qualification douteuse, selon Popi qui appartient à cette unité spéciale. À titre personnel, elle-même est totalement réceptive aux thèses du changement climatique. Au point de ne pas vouloir d’enfant. Alors quand son chef sort de son chapeau le nom du militant, Stamatis Toundas, elle est plus que septique. Non seulement, elle serait plutôt d’accord avec lui mais en plus, elle voit mal comment un type qui est coincé dans une chaise roulante, pourrait fomenter un attentat. Elle se trompe.

Le roman de Nikos Nikolopoulos met en scène des femmes fortes. Si Popi est du côté des forces de l’ombre, il y a aussi Evguenia d’origine russe, comme ne cessent de lui rappeler ses collègues lourdingues de la police. Elle se trouve aux premières loges de la corruption au plus bas de l’échelle des autorités. Voire pire. Comme lui aurait sûrement soufflé sa grand-mère, récemment décédée. “Tu n’aurais pas imaginé rejoindre une association de malfaiteurs”. L’incendie qui fait rage aux portes d’Athènes est criminel. Et justement, ces flics n’en démordent pas, les jeunes afghans d’un campement qu’ils ont démantelé, en sont responsables. Bien évidemment.

Mais que pèsent les flammes aussi violentes soient-elles face à un risque d’attentat contre le ministre de l’Environnement, Takis Starkos, l’ami des Chinois. Promoteur d’un projet désastreux d’extension du port du Pirée, Starkos semble privilégier l‘économie à la protection de l’environnement. Il est très controversé. Et que vient faire Evangelos, ex- super agent, désormais à la retraite. Pourquoi ce jeune paraplégique veut-il le rencontrer ? Les antennes des services sont en alerte, trop de signaux inquiétants parce que peu lisibles. Ils le savent tous, ce ministre est corrompu jusqu’à la moëlle mais la raison d’État n’est pas une notion abstraite. Rien de bon à ressusciter cet Evangelos. Personnage trait-d’union être le passé et le présent, il est le seul connaître le ministre et ses cadavres dans le placard.

Au fur et mesure de l’enquête, l’air devient irrespirable. Il semble que la Grèce peine à se relever. Après la crise économique des années Merkel, le pays subit les coups de butoir d’une nature impitoyable aidée dans son entreprise de reconquête par des hommes sans scrupules. Et Athènes brûlait est un roman crépusculaire où Hadès a déployé ses forces au-delà des portes des Enfers. Quitte à asphyxier le monde des vivants.

Et Athènes brûlait de Nikos Nikolopoulos, Éditions L’Aube Noire, 352 pages, 22 euros.

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