« La Conjuration de Tokyo » de Cédric Bannel : entre honneur, tradition et complotisme

Une nouvelle héroïne est née. Elle nous vient du Japon. Cédric Bannel l’a construite au fil des ans. Quarante longues années à parcourir le Pays du Soleil Levant et un jour, c’est la révélation, le moment de fictionnaliser tout ce que la rétine a capturé. Pas mal du tout, cette Conjuration de Tokyo.

Ren Kido-san est officier au BSCI des Nations-Unies qui s’occupe d’enquêtes financières. Lorsqu’on la découvre, la jeune femme aux cheveux bleus couvre son premier meurtre. Impassible, comme une vieille routière. De quoi impressionner le chef d’enquête criminelle Watanabe de la police de Tokyo dépêché sur le lieu du crime. Un couple dont le mari travaillait aussi pour l’ONU est mort. De la drogue est retrouvée sur place. Il y a eu aussi un vol. Mais Kido est formelle, son confrère n’était pas un drogué.

Un homme observe le va et vient de la police. Il s’appelle Zan Neko ou le Chat qui tranche. C’est un soldat de l’ombre qui s’est transformé en prédateur par obéissance et conviction morale. Il vient d’accomplir la première partie d’un vaste plan. Il ne craint pas la police. Mais la fille aux cheveux bleus ? Il s’interroge, qui est-elle, va-t-elle compliquer la mission qu’il a à accomplir? Il a cinq jours devant lui et il a bien raison de s’inquiéter.

Cédric Bannel revient un peu sur ses amours de jeunesse. Il y a 22 ans, il sortait Elixir, un roman qui se déroulait déjà en partie, en terres nippones. Cette fois, il le dit lui-même, il a poussé le curseur au maximum, en situant l’intégralité de son intrigue là-bas. Ce qui lui permet de nous parler de la société japonaise, de son fonctionnement et dysfonctionnement, de sa face publique et cachée. De ses codes illisibles pour nous autres, Occidentaux. On va inévitablement faire un tour chez les Yakuzas mais l’auteur a su aussi introduire un personnage fascinant, Masaki l’ancien champion de sumo. Ces hommes sont de véritables dieux au Japon. Même si ce dernier a subi un grave accident qui l’a renvoyé dans le monde des enfants, son imposante stature et son mode de vie restées immuables, sont fascinants.

Vous l’aurez compris, Kido possède donc tous les attributs d’une Wonder Woman. La force, l’intelligence et l’opiniâtreté. On lui demande de lâcher l’affaire mais la jeune femme a des petits soucis avec l’autorité. Alors, elle creuse, aidée dans cette enquête par sa mère, Sanae, qui elle-même, a gardé des liens avec l’un des Yakuzas les plus célèbres et dangereux de Tokyo. Ce qui lui vaudra une rafale de questions de la part de Kido qui est troublée par le passé de sa génitrice. Le duo mère/fille est sympathique. On devine que ce ne sont que le début de leurs aventures. Thriller très cinématographique, La Conjuration de Tokyo nous parle d’un Japon moderne et ancien où l’obéissance est aveugle et dangereuse. Où le poids des traditions corsète une société encore régie par le contrôle, l’honneur et le non-dit.

La Conjuration de Tokyo de Cédric Bannel, XO Editions, 400 pages, 21,90 euros.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.