« Ce cri que personne n’entend » de JØrn Lier Horst et Jan-Erik Fjell : un cold case norvégien à l’heure du numérique

Le coup du podcast, on nous l’a déjà fait. Les romanciers anglo-saxons ne sont pas mauvais dans le genre. Les Scandinaves allaient-ils faire aussi bien ? Eh ben oui ! Avec Ce cri que personne n’entend, Jørn Lier Horst a joint ses forces à celles de Jan-Erik Fjell et nous embarque dans le van de Markus Heger et de son blog radiophonique, Krimcasten, qui revient sur certains cold cases.

Le roman débute en mode diesel. On installe l’intrigue et les personnages, sans se presser. Du Horst tout craché. Puis, un incident fait basculer le tempo, la mort de Mathilde Wold, jeune journaliste qui voulait rouvrir l’histoire de la disparition de Leah Forsberg, à Fagernes, petit bourg norvégien isolé de la vallée de Valdres. Le corps de la fillette de sept ans n’a jamais été retrouvé mais le père, Mathias, a été jugé et reconnu coupable. Il croupit en prison et ne cesse depuis toutes ces années de clamer son innocence. Mais quinze plus tard, tout le monde croit encore en sa culpabilité. Sauf peut-être Mathilde qui, dans un moment de candeur journalistique salutaire, tente de joindre ce détective amateur, afin de lui faire partager ses doutes. Markus Heger appartient à cette nouvelle vague de Sherlock auto-proclamés qui tentent avec leurs propres moyens de résoudre des crimes que la police et la justice incapables de résoudre, laissent croupir dans les archives poussiéreuses. Markus avait travaillé sur la disparition de la petite Leah avant de laisser tomber. Lorsque Mathilde tente de lui parler, il n’est plus vraiment dans le mood et il ne se montre pas super confraternel au point de l’évincer gentiment. Sa mort inattendue, qu’il considère très vite comme un meurtre, lui donne mauvaise conscience, et il décide de reprendre tout depuis le début.

La dynamique littéraire du Norvégien associé au plus jeune lauréat du prix des libraires du pays, Jan-Erik Fjell, domine. On retrouve ce rythme lent qui caractérise les romans de Horst. Ancien policier, il le sait : la vraie vie n’est pas une série américaine. Le flic en chair et en os cogite sans cesse, se trompe, dépend de la science qui livre ses résultats dans des délais interminables. Il n’y a souvent aucune avancée spectaculaire, au contraire, parfois même, on recule. Markus n’a pas tous les outils dont disposent les professionnels mais il en a d’autres. Son fameux podcast et ses appels à témoins qui parfois débouchent sur des avancées. Il est lui-même empêtré dans une histoire familiale compliquée et lourde avec un père en prison. Une situation parasite et pas facile à digérer.

Les deux auteurs parviennent ainsi à tricoter une intrigue psychologique où les candidats coupables sont multiples. On est toujours dans un décor polaire plus suggéré que réellement visible, et le danger ne vient pas de la nature mais de l’homme, de celui qui a tué et qu’on ne retrouve pas. Il existe aussi une autre culpabilité qui traverse le roman, celle du fils envers son père, du vieux routier du journalisme à la rookie. Ce cri que personne n’entend n’est pas un page turner mais un roman policier où l’atmosphère l’emporte, où la violence vient se nicher dans une misérable tasse de café. Ou comment faire de l’ordinaire de l’extraordinaire.

Ce cri que personne n’entend de JØrn Lier Horst et Jan-Erik Fjell, traduit du norvégien par Alex Fouillet, Éditions de la Martinière, 400 pages, 22.50 euros.

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