« Mission Langley » de David McCloskey : La CIA infiltrée

Jesus Angleton. Tous à la CIA savent qui était cet ancien directeur du contre-espionnage totalement paranoïaque et persuadé qu’il y avait des agents doubles au sein de la célèbre agence de renseignements américaine, œuvrant pour l’Union soviétique à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Dans le roman de David McCloskey, c’est une femme, Artemis Procter, cheffe des opérations et écartée après un fiasco avec l’un de ses agents à Singapour, qui endosse le rôle de l’obsédée, chasseuse de taupes.

Mission Langley est le troisième roman de l’auteur américain. On retrouve les mêmes personnages mais ces derniers occupent désormais des postes différents. On avait laissé Samuel Joseph à Damas, on le revoit dans les geôles soviétiques où il passe un très mauvais moment. Mais il tient bon, ne livre rien. Même quand il est débriefé par les siens, les agents à son retour sur le sol américain à Langley, il ne lâche pas un mot. Parce qu‘il a compris et qu’il n’a confiance en personne. Ou presque.

Artemis Procter, son ancienne patronne, est particulière. À elle, il peut confier ce qu’il a deviné lors de son incarcération. Il y a une taupe à la CIA et elle occupe même un très haut poste. La trouver et la neutraliser est en substance le thème central du livre. McCloskey est un insider. Il a été analyste à la CIA. On reconnaît cette patte particulière du romancier qui sait de quoi il parle. Si Mission à Damas était un monument dans son genre, les scènes de filatures resteront l’une des meilleures de la littérature d’espionnage, Mission à Langley est d’un autre tonneau. Plus psychologique, avec la descente aux enfers d’Artemis Procter qui boit comme un trou et jure comme un charretier. Et qui n’aime pas les traîtres. Bien que débarquée de La Firme, tout comme Sam d’ailleurs, elle décide de mettre la main sur le salopard qui cause la mort des agents de la CIA. Un crève-cœur pour elle parce que le traître compte sûrement parmi l’un de ses anciens amis, du temps de l’Afghanistan.

Des amis tous très hauts placés désormais, issus de la Maison Russie, une antenne spécifique de l’agence de renseignements qui fit les quatre cents coups en son temps.. Alors, elle quitte son mobil home de Floride où elle avait trouvé une sorte de refuge. Et un job. Celui de nourrir des alligators. Passionnant. Elle doit donc à Sam de l’avoir sortie de cette retraite prématurée, et passé le premier instant de méfiance et de sidération, elle laisse derrière elle le Sunshine State pour cette enquête explosive. À eux deux, les lignes sont franchies sans remords aucun. La fin justifiant les moyens.

Les services secrets russes sont redoutables. Ils excellent à placer des rezidents en territoire ennemi. Un travail de longue haleine, fastidieux et onéreux, mais indispensable pour faire tomber cette Amérique décadente. Cette fois, les maîtres espions de Moscou ont fait très fort, ils ont le top du panier de la CIA dans leurs filets et ils sont prêts à tout pour le protéger. Dans la vraie vie, Donald Trump facilite la vie de Poutine. Qu’il soit réellement un agent dormant du Kremlin ou un crétin qui s’est fait piéger par les services russes, le président américain ne cache même pas son respect des hommes forts et dynamite à lui tout seul cette méfiance quasi congénitale des Américains vis – à – vis de ce pays. Au point de déstabiliser le reste de la planète. Existe-t-il une Procter comme dans Mission Langley ? Who  knows. En attendant, dans le roman, cette agente aux mille vices va tenir la dragée haute aux services secrets de Vladimir et débusquer l’agent double.

David McCloskey a changé de style. Finis les passages un peu mièvres de certaines scènes d’amour dans ses romans précédents. C’est comme si l’auteur s’affranchissait des bonnes manières en se rappelant que le monde de l’espionnage relève plutôt de Dirty Harry que de Blanche Neige. Ses personnages sont tous barrés. Alcoolisme et tutti quanti. Cela donne un récit musclé, cynique où les héros sont perclus de coups et de trous. Avec une palme d’or à Artemis Procter, femme à poigne, droite dans ses bottes, patriote et sans pitié pour ceux qui ont oublié leur serment de servir l’Amérique.

Mission Langley de David McCloskey, traduit de l’anglais (États-Unis) par Johan – Frédérik  Hel Guedj, Éditions Verso, 496 pages, 22,90 euros. 

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