« Le Meurtre du joueur d’échecs de Sarah Finger : qui a tenté le dernier coup ?

« Cette « découverte macabre », selon la formule consacrée, survient le 22 août 1995, vers 7 h 45. Nous sommes à Saulx-les-Chartreux, dans l’Essonne, un bourg de quatre mille cinq cents habitants situé à environ vingt-cinq kilomètres du centre de Paris. » Sarah Finger ne perd pas de temps à nous apprendre que le corps enveloppé dans une alèse imbibée de sang appartient à Gilles Andruet, trente-sept ans. L’homme a connu la gloire. Il fut un joueur d’échecs brillantissime. Sa mort est brutale et vilaine.

Et acharnée. Trois plaies au niveau de la tête, ainsi que d’importants hématomes aux épaules, au cou et à la base de la nuque. Le décès est dû à cette avalanche de coups et à un écrasement du larynx. Gilles Andruet a aussi été drogué. Celui où ceux qui l’ont tué étaient manifestement très en colère. La direction régionale de la police judiciaire de Versailles est saisie de l’affaire.

Un « maître international d’échecs » à vingt-quatre ans et le fils de l’ancien champion de rallye Jean-Claude Andruet, ça le fait ! En victimologie, établir un profil est vital, il permet de cerner l’assassin. Celui de Gilles Andruet n’est pas ordinaire. Sa vie non plus. Parce qu’au sommet de son génie en 1988, il envoie tout balader. Finies le roi, la reine, échec et mat, et vive la roulette. Gilles Andruet va se perdre dans le jeu. Est-ce la raison de sa mort ? Après tout, les enquêteurs vont vite découvrir qu’il était criblé de dettes. Et que ses camarades de jeu savaient manier les battes de baseball aussi bien que les jetons sur un tapis vert.

Le « True Crime », très en vogue aux États-Unis depuis longtemps, continue sa percée dans l’hexagone. La journaliste a choisi de ne pas magnifier le Mozart de l’échiquier comme le surnomme la presse à l’époque, en utilisant un style plutôt factuel. Il faut dire que ce n’est pas la plus belle des victimes. Parce qu’une fois que l’on a épuisé la jeune et prometteuse biographie, le profil du bonhomme se gâte sérieusement. Toxicomanie, interdiction bancaire et de casinos, mauvaises rencontres, la fin de partie du Kasparov français est une véritable descente aux enfers. Il n’empêche. Quelqu’un l’a tué.

Trois procès, des accusations contradictoires, des mensonges, des soupçons de corruption, des fuites à l’étranger : pendant plus de vingt ans, l’affaire se déplace d’un tribunal à l’autre sans parvenir à épuiser ses zones d’ombre. Le fils et le père ont eu une relation compliquée mais cela n’empêche pas ce dernier de vouloir connaître la vérité et surtout de faire payer les coupables. Une famille en particulier, les Liany, avec une dynamique père/fils tout aussi complexe que celle des Andruet du vivant de Gilles. Le fils accusant le père d’avoir tué le joueur d’échecs. Ajoutez à cela, un cousin, Sacha Rhoul, qui sert d’intermédiaire. Tout ce petit monde est pointé du doigt dans l’encaissement d’un chèque de 400.000 euros appartenant à ce « pigeon » providentiel. Mais morale et justice ne vont pas forcément de pair. Après avoir été condamné à quinze ans de réclusion pour meurtre, Joseph Liany a été définitivement acquitté en 2006, tout come Rhoul en 2014. Son fils a pris sept ans mais pour recel seulement. Juridiquement, Jean-Claude Andruet ne sait toujours pas qui a tué son fils, pièce centrale et tragique d’un jeu grandeur nature où la mise à mort a été certaine, mais où l’échec et mat n‘a jamais été prononcé.

Le Meurtre du joueur d’échecs de Sarah Finger, Éditions 10/18, « True Crime » en partenariat avec Libération, 192 pages, 8.30 euros.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.