Une Main vers le ciel de Jean-Christophe Boccou : survivre envers et contre tout

Le génocide et la littérature. Jean-Christophe Boccou s’est lancé. Une Main vers le ciel aborde celui du Cambodge. Pol Pot, deux millions de morts. Une révolution au nom de l’égalité entre les hommes. Qui commence par une mise au pas sans merci de tout un peuple. Le Brestois interroge. Comment survivre à la torture et ne pas sombrer dans la vengeance ?

1975, Phnom Penh, Cambodge. Il n’y a plus d’Américains en ville, les nouveaux maîtres ont pris possession des lieux. Khieu Saran n’a pas 20 ans, il a été recueilli par un vieil oncle bourru qu’il considère néanmoins comme son père. Mais les soldats se moquent de ce genre de détail, ils ont une révolution à mener. L’oncle est tué et le jeune homme envoyé dans un camp de rééducation où l’Angkar, organisation révolutionnaire dont personne ne connaît encore les dirigeants, affirme pouvoir même réparer cette anomalie génétique chez Saran… des yeux vairons.

Sa nouvelle famille, telle qu’elle lui est présentée dans ce camp de rééducation, porte les traits de l’officier khmer, le camarade Vorn, qui se vante de préférer tuer un innocent plutôt que de laisser vivre un coupable. Le vieux pistolet que son oncle lui avait donné est confisqué. Vorn s’en empare. Des mois de travaux forcés. Et des slogans répétés ad nauseam : « L’Angkar ne fait jamais d’erreur, L’Angkar est le maître du territoire,  L’Angkar est tout ». Dans ce cauchemar bien réel, Khieu tombe sur Prak, un élève de son ancien lycée. Il y a aussi Soon, la militante de L’Angkar, la fille du gouverneur. L’amour se glisse dans le camp. L’amour interdit entre un prisonnier à rééduquer et la fille d’un éminent membre du Parti. Ce sera la fuite, le pied sur une mine antipersonnel. La mort. Fin de la première époque.

Khieu a survécu. Il est passé de l’autre côté de la force. Il est devenu magistrat pour le Tribunal international de la Paix et poursuit tous les anciens criminels khmers. Il est dans la vengeance cadrée, légale. Il n’a jamais pu mettre la main sur Vorn. Jusqu’à cette invitation de la part d’un des anciens Khmer, devenu le chef de la Triade. Il sait où est Vorn. Il propose un marché que Khieu Saran ne peut refuser.

La tentation. Celle de la vengeance. Sortir des clous, se défaire de ses habits de la justice légale. Se remettons jamais des séances de torture ou d’humiliation ? Khieu Saran avait trouvé un semblant de paix lorsqu’il a adopté la petite Sokha. Mais elle a fui, adolescente en colère, et aux talents peu conventionnelles. C’est une excellente tireuse. Elle fréquente les mauvaises personnes, ils vont en tirer part. La mafia entre dans la danse et Khieu embrasser la vie des hors la loi.

On comprend que le duel Khieu /Vorn aura bien lieu. Vorn a survécu, ces mecs-là survivent toujours. La Révolution n’est plus qu’un lointain souvenir. L’ancien tortionnaire se vautre dans le pire des capitalismes, celui du trafic de drogue. Il n‘a rien perdu de sa cruauté. Mais il ne bénéficie plus de la même impunité, il n’a plus tout un système politique totalitaire derrière lui, il y en a un autre, celui de la jungle. Et celui-là, il ne l’a pas vu venir. Jean-Christophe Boccou a été musicien dans une première vie. Il n’y a pas de fausse note dans cette Main vers le ciel dont on ne sait pas si elle implore un dieu quelconque où si elle incarne la liberté retrouvée.

Une Main vers le ciel de Jean-Christophe Boccou, Éditons La Manufacture de livres, 232 pages, 23.90 euros.

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