« Les Invisibles » de R. J. Ellory : Rachel, une héroïne sur le fil

Retour aux fondamentaux. Le serial killer. R. J. Ellory n’a pas flanché. Dans un pavé de plus de cinq cents pages, le romancier anglais qui situe pourtant presque tous ses livres outre- Atlantique a imaginé un face à face tordu entre un tueur amateur de Alighieri Dante et Rachel Hoffman, une agente du FBI, qui va avoir bien du mal à garder toute sa raison. On pourrait faire la fine bouche mais le récit parfaitement maîtrisé des Invisibles prouve que l’on aurait tort.

C’est toujours plus sexy de vendre un assassin cultivé plutôt qu’un abruti qui commet des crimes un peu par hasard ou par pulsion irrépressible. Celui-ci aime la lecture. Il a aussi une connaissance approfondie du chef-d’œuvre espagnol, La divine Comédie. Et il fait une fixette sur une flic. Voilà un peu le profil du bonhomme. Celle qui ne va pas lâcher l’affaire s’appelle Rachel Hoffman. Belle héroïne, la demoiselle. On la suit tout au long de sa carrière. En 1975, elle n’est qu’une simple nouvelle recrue au sein de la police locale de Syracuse, État de New-York. La date est importante. Elle va donner des maux de tête aux policiers qui ne sont pas encore rompus aux méthodes de profiling.

Le premier cadavre est une institutrice. Puis il y en aura un deuxième et on ira jusqu’à quatre. En un laps de temps assez court. Rachel a couvert le numéro 1 de la longue liste à venir. Elle ne sait pas encore qu’elle ouvre une enquête qui deviendra tentaculaire. Mais en étant la première sur la scène de crime où un message inspiré de Dante accompagne le corps de l’enseignante assassinée, elle devient de facto essentielle. Pas besoin de la pousser longtemps pour qu’elle s’implique à 200% dans la traque du tueur.

Rachel est très vite perçue comme une bonne enquêtrice. Méticuleuse, dévouée. Le FBI avait l’œil sur elle. Il la veut. Elle rejoint la toute nouvelle unité d’analyse comportementale. Ce qui place le profilage au cœur de son évolution professionnelle. L’enquête est devenue personnelle, elle y a perdu un collègue. Le tueur s’en est pris à lui. Elle ne s’en remettra jamais. Le débusquer tourne à l’obsession. La jeune femme ne vit que pour son métier. Tout juste s’accorde-t-elle une petite aventure avec Carl Sheehan, un journaliste spécialisé dans les faits divers. Le romancier aime bien ces couples improbables, pas tout à fait love story compatible, mais qui tente le tout pour le tout de l’expérience sentimentale. Les deux vont se séparer puis se retrouver. L’un va sauver l’autre. Parce que Rachel ira trop loin, bien sûr. Mais elle veut comprendre, quitte à en payer le prix. Comment ces trois séries de meurtres ont-elles un lien ? À cinq ans d’intervalle, grosso modo. Et dans chaque cas, le meurtrier est présumé mort. Suicidé.

Qui est donc ce tueur aux multiples visages, insaisissable, qui renaît de ses cendres, comme un vampire, et qui ronge la santé mentale de la jeune femme. Rachel embarque Carl et un autre agent du FBI dans cette quête de justice. Elle est la colonne vertébrale du roman qui ausculte la spirale d’une obsession, comment cela bousille une carrière et aliène toute vie privée. Ellory s’intéresse autant à l’enquête qu’à ceux qui traquent les criminels. Rachel Hoffman passe d’une rookie naïve à une enquêtrice chevronnée puis aguerrie et bientôt abîmée. Combattre le Mal n’est jamais sans conséquence. À travers ce personnage tendu et habité, R. J. Ellory questionne une fois de plus l’espoir de garder foi en l’humanité après avoir côtoyé le Mal.

Les Invisibles de R. J. Ellory, traduit de l’anglais par Étienne Gomez, Éditions Sonatine, 552 pages, 24.50 euros.

 

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