« Le Vampire du Montparnasse » de Paul Eckerman : enquête sur un monstre bien réel

L’histoire a défrayé la chronique en son temps. Un mangeur de cadavres, fichtre. À Paris, au cimetière Montparnasse. Un fait divers que Dark Side, label spécialisé crime dans le “true crime”, n’allait sûrement pas laisser filer.

On le découvre assez vite, Le Vampire du Montparnasse, ce soldat impeccable, bien noté par sa hiérarchie et en proie à d’horribles pulsions. Il a un patronyme d’une banalité affligeante, François Bertrand. Ce n’est pas le cas de celui qui va le poursuivre, l’inspecteur Charles Arburu. Un policier tenace, voire obsessionnel. Et cette affaire ne va pas aider.

Paul Eckerman est le pseudonyme d’un auteur français. Ce roman est son premier récit de non-fiction. Il aborde les débuts balbutiants de la science face au crime. S’intéresser aux motivations psychologiques est quelque chose de tout à fait nouveau en cette année 1848, date à laquelle Paris s’embrase. “L’insurrection est totale, on dresse des barricades, on se bat dans les rues.” L’attention des autorités est davantage tournée vers les fauteurs de troubles que vers les criminels. Mais celui-là défie toute raison.

Le premier cadavre est découvert par le gardien du cimetière, Louis Petitrenaud. “Il était de ces hommes que le voisinage des morts ne gênait pas”. Enfin presque. Parce que le corps de cette femme déterrée, “les chairs du cadavre labouré, de ses seins au nombril, les viscères prélevées, éparpillées sur le sol” vont lui faire changer d’avis à tout jamais. “C’est une bête, gémit-il, un monstre jaillit des enfers.” Oui, en quelque sorte. Mais une bestiole bien humaine. La traque dure un an. L’inspecteur rivalise d’ingéniosité pour coincer ce grand malade. Il y parviendra.

Puis il lui échappe. Pensez donc, un tel spécimen. Comment devient-on profanateur, tous veulent le savoir. Un premier médecin, Marchal de Calvi, comprend qu’il lui faut gagner la confiance du « monstre » pour qu’il explique ses misérables actions. Dans quel but demande le sergent Bertrand, plutôt méfiant. “Nous vous soulagerons d’un poids et nous ferons ensemble progresser la science, pour laquelle vous êtes encore un mystère.”

Cette alliance médecin patient semble porter ses fruits. Bertrand se raconte, enfance perturbé, ado consumé par ses obsessions tout en offrant un visage policé à la société. Selon Calvi, l’individu souffre de monomanie. Il plaidera auprès du conseil de guerre en vue du procès pour l’irresponsabilité du patient. Ce qui permettrait de le placer sous contrôle dans un hôpital psychiatrique et au passage de l’étudier.

Mais rien ne va se passer comme il l’espérait. Le nécrophile écope d’une misérable année  de prison. Arburu ne décolère pas. Le coupable n’a que 25 ans et toute la vie devant lui pour aller profaner d’autres cimetières. Il est même réintégré dans l’armée pour deux ans et dégagé de ses obligations avec un drôle de document militaire : « certificat de bonne conduite refusé. » On imagine le pire.

Après l’amour s’en mêle. Il épouse Euphrosine. Il se voit guéri. Le couple s’installe au Havre puis déménage. Sa femme s’interroge. « Pourquoi, au vrai, François, demeurait-il obstinément dans l’ombre. » Ce tableau presque idyllique vole en éclats lorsque le quatrième enfant, un fils, meurt à la naissance. « Quelque chose se disloqua dans son esprit. » Le Vampire du Montparnasse ressuscite un fait-divers oublié d’une période historique et politique française bouillonnante. L’enquête est méthodique, elle se veut cartésienne aux antipodes des légendes populaires que les agissements criminels de François Bertrand provoquent dans l’imaginaire collectif de la société de l’époque. Est-ce une créature du diable qui est à l’œuvre ou un monstre à l’allure terriblement humaine. Une légende est née.

Le Vampire du Montparnasse de Paul Eckerman, Éditions Dark Side, 256 pages, 19,95 euros.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.