« L’Heure du Loup » de Robert McCammon : permis de mordre

Un grand classique et un vrai roman d’aventures écrit il y a quarante ans. Les deux tomes de L’Heure du Loup de Robert McCammon ressortent aux éditions Monsieur Toussaint Louverture. Et quand Stephen King rencontre Ian Fleming, on tombe à la renverse.  

Irrésistible loup-garou. Mikhaïl Gallatin d’origine russe, élevé par des hommes loups, devenu le meilleur agent secret de sa Majesté en Angleterre. Des services secrets qui bien évidemment n’ont aucune idée de qui est réellement cette recrue dont ils ne peuvent plus se passer. Espionnage et fantastique sur fond de Seconde Guerre mondiale, un cocktail explosif et jouissif. Dans cette atmosphère d’Europe en guerre, où les villes sont détruites, les réseaux d’espionnage en ébullition, la paranoïa nazie est à son comble et les préparatifs du Débarquement aussi, le fantastique chevauche la grande Histoire et se glisse comme une ombre supplémentaire. Une épopée virile, de quoi hanter vos rêves. 

Le premier tome nous ramène à la genèse du personnage. Sa famille assassinée, son désarroi puis sa peur, son sentiment d’abandon avant de connaître une sorte de renaissance sous les traits d’un homme qui se transforme à la nuit tombée en créature velue et sanguinaire. Wiktor est le chef de cette meute secrète et voit tout de suite en cet oisillon tombé du nid, un potentiel hors norme. Il lui transmet tout son savoir et ses secrets et le lance dans la vie des hommes. Il sait qu’il s’en sortira. Il n’a pas tort. Mikhaïl Gallatin comprend alors tout l’enseignement de ce maître intransigeant. S’assumer en tant que loup-garou ne suffit pas,il lui faut aussi rester un homme. “Même si ton corps est enchaîné, il faut vivre libre”, lui souffle son mentor avant de mourir. “Ce soir-là, Mikhaïl essaya de hurler à la lune, mais en fut capable.”

La transformation en cet animal aussi mythique que redouté possède quelques avantages. Comme d’attendre son heure et parvenir à zigouiller des ennemis qu’un simple mortel serait bien incapable d’accomplir. Mikhaïl devenu Michael “se courba en avant et ses crocs s’enfoncèrent dans la gorge tendre. Dans un geyser de sang, il déchira le cou de Sandler (traître américain) avec une frénésie sauvage. Un irrépressible désir de carnage monta en lui et ses mâchoires claquèrent encore et encore”. Le romancier américain n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il ne s’agirait pas d’oublier que ce super-héros à poil (certes réhabilité), aux prunelles dangereusement vertes et au charme incontestable auprès de la gente féminine, peut se transformer en bête féroce que plus rien, ou presque, ne peut retenir. Rester sur la ligne de crête, ne pas sombrer d’un côté ou de l’autre. Robert McCammon apprivoise la lycanthropie. Elle est une force à condition de ne jamais oublier ses racines humaines.

Les Alliés ont appris qu’un plan secret nazi pourrait compromettre le succès du futur débarquement en Europe. Gallatin a pour mission d’infiltrer les lignes allemandes. Il passe de la France occupée au cœur de la machine hitlérienne, à Berlin. Et nous, on navigue entre les eaux troubles de l’espionnage et du contre-espionnage et celles encore plus floues d’un fantastique ébouriffant. L‘Heure du Loup est une réussite absolue où le souffle de l’aventure flirte avec la noirceur d’un conte du XXe siècle. À dévorer.

L’Heure du Loup de Robert McCammon, traduit de l’anglais (États-Unis) par Thierry Arson, 480 pages, 12.90 euros. (Le tome)

 

 

 

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