« La Lumière qui nous reste » de Chris Whitaker : À la recherche des filles perdues

Les sœurs jumelles, Raine et Summer. La ville de Grace, en Alabama, l’inspecteur Black. L’ombre du Seigneur plane sur la bourgade. La Lumière qui nous reste, le nouveau roman de Chris Whitaker est habité. Intense, furieux et religieux, il projette le peu de lumière qui nous reste, dans ce monde en proie au chaos.

Summer Ryan, 15 ans, la fille de Joe Ryan disparaît dans la nuit du 26 au 27 mai. Au total, cinq adolescentes se sont évanouies ces cinq dernières années. Toutes pieuses et pratiquantes, et toutes originaires du comté de Briar. Le tueur est surnommé L’Oiseau après la quatrième disparition, celle de Coralee Simmons. Le point commun : le parc national de Hell’s Gate.

Grace est un drôle d’endroit où les gens vont à l’église tous les dimanches, alors qu’ils puent l’alcool et les péchés du week-end. Ils prient pour leur pardon, encore et encore. Mais les demoiselles ont beau aller à l’église, le quartier où elles habitent les catalogue à jamais. Prenez la première ado enlevée, Della Palmer, bonne élève, sans histoire mais vivant à Standing Oak, autant dire une gamine à problèmes. C’est seulement au bout du troisième enlèvement, celui de Lissa Pinson, que la police d’État s’est impliquée dans l’affaire.

L’inspecteur Noah Wild des Homicides est chargé d’enquêter. Il est à bout de souffle. Alcoolique. Le père de Summer ne lui fait pas confiance. Il fait le siège du commissariat avec ses copains et leurs pick-up trucks. Chris Whitaker tisse une toile où le roman noir n’est qu’un prétexte. Comme toujours. Il dresse le portrait d’une petite ville rongée par les superstitions et les mensonges. À commencer par ceux de Summer. Est-elle vraiment cet ange béni par le dieu musique. Savannah, la femme du pasteur Bobby le pense. Peut-être. Elle la prend sous son aile. Summer qui a lu Madame Bovary et Tess d’Urberville se laisse faire, parfois, puis se cabre. L’homme du Seigneur caresse la peau de l’adolescente. « Il a embrassé le sommet de mon crâne et j’étais contente que mes cheveux sentent l’orange ce jour-là. » Elle demande à sa sœur la rebelle, comment séduire un homme. Le rouge à lèvres, le parfum, autant d’indices que personne ne voit ou ne veut voir. Elle est obsédée par ces filles kidnappées. Mais à l’inverse des autres, elle a laissé un mot.

Raine refuse l’idée de la fugue. Son père un ancien taulard, compte sur elle. Adolescente blessée, obstinée, elle transforme la disparition de sa sœur en mission personnelle. Elle entraîne avec elle Noah et Purv, deux garçons livrés à eux-mêmes et dont l’un est battu par son père. Raine ose tout. Elle est prête à déterrer tous les secrets de la ville, à faire don de son corps, à tuer pour retrouver sa jumelle. Formidable portrait de deux êtres identiques qui se regardent en miroir. L’une serait pure et l’autre pas. Mais que sont les apparences dans cet endroit boursouflé par la religiosité. Un tunnel de noirceur et une lumière qui vacille au loin. Et une jeune fille qui joue du violoncelle. Divinement. Chris Whitaker possède le don de la narration qui explore la vie intime des ados, leurs failles et leurs aspirations secrètes. Innocence, espoir et désillusion.

La Lumière qui nous reste de Chris Whitaker, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Cindy Colin Kapen, Éditions Sonatine, 480 pages, 23.90 euros. 

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