« Les Fantômes de San Diego » de Alain Decker : une légende meurtrière

L’amour donne des ailes. Le dernier roman de Alain Decker en est la preuve éclatante. L’auteur a longtemps vécu en Amérique, il s’est imprégné de ce pays fascinant. San Diego n’a pas de secret pour lui. Moins utilisée que Los Angeles, la ville de Californie du Sud est largement mise en valeur par ce connaisseur qui a construit une jolie petite intrigue où les morts ont l’air d’être bien vivants.

Le roman s’ouvre au cœur de l’automne, une saison où San Diego qui s’étend le long de la côte de l’océan Pacifique, offre une lumière plus déprimante. « L’océan et le ciel se confondaient en un magma grisâtre et triste, si loin de l’image de carte postale paradisiaque qui collait habituellement à la cité californienne ». Elvis Cochran est de retour. Le lieutenant un peu cabossé de la criminelle a réintégré le SDPD, le San Diego Police Department, après une affaire éprouvante. Son chef direct l’a pris en compte et le charge de s’occuper d’un cold case vieux de deux ans, histoire de se mettre en jambe, gentiment. Une affaire à priori « d’une banalité affligeante ». Un homme de 43 ans, Wayne Lewis, est retrouvé mort écrasé par sa voiture, une Ford Mustang 1967, qu’il était en train de rénover dans son garage.

Le collectionneur de véhicules anciens était en procédure de divorce avec sa femme, Wanda. Le couple habitait au sud de La Jolla, l’un des quartiers les plus riches de San Diego. Alain Decker décrit longuement le quartier huppé de La Jolla, là où est découvert le corps de la victime. « Les cliniques privées y côtoyaient les villas pseudo hollywoodiennes, le tout baigné par les vagues de l’océan Pacifique, dont le bleu cinglant étincelait en toile de fond. Un véritable sanctuaire pour les grosses fortunes de la ville ». La Jolla, c’est le vrai argent, pas celui des stars d’Hollywood mais les autres, plus discrètes mais ultra fortunés. En attendant, le lieutenant Cochran se dit qu’il va pouvoir rentrer chez lui retrouver sa douce, la journaliste Sue Baker, à des heures de fonctionnaire. Un changement positif. Un deuxième meurtre va anéantir ses petits plans sur la comète.

Celui de Wanda Lewis. Dingue. Deux ans après celui de son époux et alors qu’elle semblait avoir refait sa vie avec un ponte de la marie. Les affaires sont-elles liées? Pour Wayne et sa coéquipière Gill Green, il ne fait aucun doute. Le couple était marié depuis dix ans. Leurs corps sont découverts au même endroit et un masque du Fantôme de l’Opéra couvre leur visage respectif. Qu’est-ce que c’est que ce bazar! On connaît bien Los Angeles. Mais Alain Decker a préféré privilégier une ville passée au crible par de grands noms du roman policier comme Don Winslow, Raymond Chandler ou encore Jefferson T Parker. Sa vision reste celle d’un outsider autant émerveillé que réaliste. Baptisée depuis quelques années, Fentanyl City, en référence à la crise dévastatrice provoquée par les opioïdes, San Diego possède de multiples facettes que l’on découvre au fil des itinéraires empruntés par le lieutenant. La topographie de la ville joue un rôle important dans le déroulé de l’enquête. Les trajets de Cochran à travers la ville mettent en scène une Californie moins carte postale. La réalité transfrontalière avec Tijuana en face, lui donne aussi une couleur spécifique.

Alors que vient faire ce conte à dormir debout de malédiction du Fantôme de l’Opéra dans ce conte moderne ? Aidé par sa compagne journaliste et sa coéquipière, Gill Green, Cochran va tenter de démêler le vrai du faux dans ces crimes où le surnaturel semble vouloir prendre le dessus.

Les Fantômes de San Diego de Alain Decker, Éditions Plon, 400 pages, 211 euros.

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