Marie Curie en détective. Michel Moatti n’a pas hésité. Empruntant aux codes du roman policier à la Agatha Christie, il a embarqué la célèbre Prix Nobel hors de sa zone de confort, à Londres, loin de son laboratoire parisien adoré et encore plus loin des Lumières noires du plus célèbre et mystérieux des tombeaux.
La faute à qui ? À Toutankhamon. Il fallait au moins ça pour faire sortir la vieille dame de son antre, et délaisser ses recherches. Mais l’homme qui l’a convaincu de se lancer dans cette aventure est assez persuasif. Il s’appelle Howard Carter. C’est lui qui a conduit les fouilles, là-bas au Caire, dans la vallée des Rois, en Égypte. Aujourd’hui en 1930 et alors que l’expédition est achevée depuis dix ans, l’explorateur britannique est inquiet, se dit même malade. Il n’a peut-être pas tort. Tous ceux qui ont participé à la découverte de la tombe de Toutãnkhamon sont morts les uns après les autres, et certains dans d’affreuses souffrances, mais d’autres continuent à perdre la vie. Si Marie Curie balaie, très agacée, cette histoire de malédiction qui accompagne les découvertes de Carter, elle est intriguée. Pendant combien de temps, les radiations peuvent-elles être nocives, voire létales. Une thématique bien de son ressort. Et l’homme qui lui fait face n’a pas bonne mine. « Un visage un peu lourd, de fatigue ou de narcotiques.» Et non sans humour, elle lui demande: « Est-ce que Marie Curie est devenue une si vieille momie qu’elle intéresse désormais les égyptologues ? ».
Michel Moatti est un écrivain qui s’intéresse à tous les domaines. Il possède l’art de la vulgarisation. Cette fois, il nous plonge dans les mystères de Toutãnkhamon et la fascination que la momie égyptienne continue d’exercer auprès du public. Il mêle comme toujours faits réels et pure invention. Son personnage principal, Howard Carter (qui a existé), n’est pas forcément piqué par la mouche superstition mais il craint bien pour sa propre vie. Il penche pour une explication rationnelle, d’où son appel au secours auprès de la scientifique. «Le radium et les rayons uraniques, vous connaissez, je crois ».
Le roman historique est enlevé, entrecoupé de coupures de presse de l’époque qui montrent à quel point cette malédiction était montée en épingle. Il donne aussi très envie de connaître davantage la véritable histoire de cette femme primée deux fois, Prix Nobel de physique en 1903 puis de chimie en 1911, excusez du peu. Pas forcément facile, le corps rongé par des années de manipulations de radioactivité, Marie Curie se transforme en détective des temps modernes qui vient contrebalancer cette dérive et fascination pour l’occultisme et ces sornettes. Howard Carter aurait dû se méfier.
Lumières noires de Michel Moatti, Éditions Hervé Chopin, 280 pages, 19,50 euros.
