Mariée et mère d’un adolescent. Ça, c’était sa vie d’avant. Parce que Abigail Boone, ne se souvient de rien. Kidnappée, frappée avec acharnement, l’ancienne flic a tout oublié.
Après deux superbes romans déjà traduits chez Rivages, Dominic Nolan nous présente Abigail Boone qui désormais se fait appeler Boone. Personnage rétif, obsessionnel et qui revient de loin. 《Elle avait existé, elle avait eu sa place dans le monde.》Et dans ce monde d’avant, elle avait enquêté sur la disparition de Sarah Still. Ce qui lui avait valu quatre jours de séquestration, des coups à en pleuvoir, une libération suivie d’une amnésie rétrograde. Lorsqu’elle avait vu son mari Jack et son adolescent de fils, Quinn, elle avait eu du mal à convaincre son entourage qu’elle n’avait pas la moindre idée de qui ils étaient. 《Le passé était inerte, immobile. Elle le picorait comme un corbeau – un charognard sur un ancien champ de bataille… Et pourtant, ce passé grappillé était tout ce qu’elle avait.》On comprend que Dominic Nolan vient de créer une héroïne rugueuse et intense. Une victime qui ne coche aucune case appartenant à ce statut. Une battante prête à tout pour retrouver une disparue et récupérer ainsi des fragments de mémoire, les deux événements étant liés.
Le roman est sorti en 2019. La patte caractéristique de l’auteur britannique est déjà présente. Violente, saturée, où l’on peine à récupérer son souffle, bousculé par cette déflagration littéraire. L’univers décrit par Nolan est celui de la sauvagerie et de l’inhumanité. On y exploite le corps des femmes, on se sert des enfants pour assouvir les plus sordides des pulsions sexuelles. Dominic Nolan ne pouvait que construire un personnage à cette mesure. Résilient mais dépourvu des normes sociales attendues comme d’aimer fils et mari.
Elle leur préfère des gens hors du cercle familial. Il y a Roo, bulgare, et rescapée comme elle du désir sadique des hommes. Tess, la fille de Mickey Box, un gangster à qui dans sa vie précédente elle a rendu service. Et dont elle supporte la présence davantage que celle de Jack, son propre mari. Ce dernier tente de lui faire retrouver la mémoire. Il veut revoir cette femme qu’il a aimée. Elle, veut juste se souvenir pour mieux punir. Sa famille ne lui inspire rien.
Alors, elle reprend son enquête, la disparition de la jeune Sarah. Un prétexte pour se souvenir et se reconstruire. Vous avez tout faux. Elle ne pense qu’à calmer sa quête de vengeance. Tous lui conseillent de laisser tomber. En vain. Boone est happée dans ce cloaque de prédateurs qu’elle a côtoyé et subi avant son enlèvement.
Roman noir par excellence. Dominic Nolan nous entraîne dans l’obscurité des âmes. Un polaroïd aux couleurs passées redonne espoir à Boone. Mais dans quel but alors que les visages familiers ne lui disent plus rien. Que reste-t-il d’une femme, d’une mère, lorsqu’elle ne peut plus s’appuyer ni sur son histoire, ni sur ses liens passés. Mais la nouvelle Abigail s’en moque. Elle n’existe que dans le présent désormais. Elle nous perturbe mais elle nous accroche. Definitly.
J’étais Abigail Boone, de Dominic Nolan, traduit de l’anglais par Isabelle Maillet, Éditions Rivages/Noir, 432 pages, 23 euros.
